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Lundi 12 Mai 2008
3:21

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BABEL, le HD DVD

Après « Amores Perros » en 2000 et le très réussi « 21 Grams » en 2003, le réalisateur Alejandro González Iñárritu clôture sa trilogie avec BABEL. La recette est simple mais diablement efficace lorsqu'on la met entre les mains du réalisateur mexicain. Ce troisième film, toujours basé sur le principe des destins croisés aux relents dramatiques, fait mouche une fois de plus et démontre toute la virtuosité et la poésie dans le drame que maîtrise parfaitement le réalisateur.



BABEL, le HD DVD
L'histoire : Après qu'un coup de feu est retenti dans le désert marocain, quatre destinées vont en être profondément marqué, à des milliers de kilomètres les uns des autres; deux américains essayant de redonner un second souffle à leur couple, deux jeunes gardiens de chèvres dans le désert marocains inconscients et irresponsables vont entraîner leurs vies dans un psychodrame; une nourrice mexicaine, pétrie de bonnes intentions, s'embarque dans une escapade involontaire au Mexique avec les deux jeunes enfants américains qu'elle garde et ce périple va tourner au cauchemar; une jeune sourde-muette au Japon, isolée du monde par son handicap, est en quête de reconnaissance auprès d'un père présent mais brisé.

Avec « Amores Perros », le réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu avait réalisé une œuvre forte, complexe, réalisant un honnête succès commercial, mais surtout recevait un accueil marqué de la profession (nommé aux Oscar© dans la catégorie du meilleur film étranger). En fait, ce qui manquait au film, « 21 Grams » l'apporta, toujours sur le même thème et toujours aussi bien ficelé, grâce à un casting international et surtout à une interprétation majeure de ceux-ci, Sean Penn en tête; on y retrouve également Naomi Watts, Benicio Del Toro ou encore Charlotte Gainsbourg. À la différence d' « Amores Perros », « 21 Grams » se déroule aux États-Unis et au nouveau Mexique.

C'est toujours sur cette idée d'universaliser son propos que BABEL est conçu, avec, cette fois, un grand écart géographique entre, d'un côté, les États-Unis et le Mexique et, à l'autre extrémité, le Japon, avec un entre jambe au Maroc. Logistique difficile à tenir ainsi qu'une unité de temps dont le scénario sait se jouer. De ce point de vue, le film d'Alejandro González Iñárritu lui est très personnel, il marque le retour au Maroc du réalisateur qui avait eut l'occasion d'y séjourner étant adolescent. Pour le Japon, c'est surtout à l'occasion de la tournée promotionnelle de « 21 Grams » que le réalisateur pu découvrir le pays et s'inspirer pour le personnage de Cheiko, la jeune fille sourde muette interprétée avec brio par l'actrice japonaise Rinko Kikuchi. À ce sujet, comme pour tous les réalisateurs, Tokyo reste une étape difficile car les permis de tourner pour le cinéma n'existent pas c'est toujours à la sauvette et en tout illégalité que se font ces productions, détail qu'aujourd'hui le réalisateur évoque avec une pointe d'humour lors de ses entretiens. Le Mexique semblait quasi obligé pour lui, permettant ainsi d'évoquer les difficultés à la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

BABEL est un titre fort à propos pour un film où tous les malentendus ou drames du film sont occasionnés par la mauvaise communication ou incompréhension se retrouvant à tous les niveaux : notamment cette communication déficiente à l'intérieur du couple Richard Jones (Brad Pitt) et Susan Jones (Cate Blanchett), deux acteurs enfin réunis à l'écran après le faux départ de « The Fountain »; tous deux trouvent ici des rôles dramatiques à souhaits et sont excellents. Il y a bien longtemps que Brad Pitt n'avait pas laissé jouer l'acteur qui est en lui plutôt que de nous jouer… Brad Pitt. Peut être est-ce sans doute en partie causé par cette habile mise en scène. D'ailleurs sur ce point, il est intéressant de noter que la partie du film au Maroc privilégie le tournage caméra sur l'épaule plutôt que les longs plans bien posés, ce qui accroît la sensation d'urgence dans le drame. Cela met aussi en avant le dépouillement de la population quoique ce ne soit pas le propos du film.

Les jeunes bergers interprétés par des inconnus, choix assumé par le réalisateur pour assurer une authenticité, vont être un élément déclencheur des drames qui jalonnent le film. La partie de l'histoire se déroulant au Japon a, quant à elle, un traitement très différent du reste du film. Par moment la mise en scène semble volontairement brouillonne alors que certaines scènes sont très travaillées tant dans le jeu des acteurs que dans les lumières ou tout simplement les silences. Le travail photo trouve son point d'orgue dans la scène qui clôture le film.

Alejandro González Iñárritu a voulu à travers BABEL, nom hébreu de Babylone, épisode biblique situé dans la Genèse, envoyer un message universel, dramatique et beau à la fois, au final un plaidoyer pour une meilleure compréhension entre les individus, relativiser les problèmes des uns en les confrontant à ceux des autres. Avec ce film, Alejandro González Iñárritu revisite « l'effet papillon ».

BABEL est un film aux innombrables nominations, sept aux Oscars©, six aux Golden Globe Awards ou il obtient le prix du meilleur film dramatique, sans oublier le prix de meilleur réalisateur et prix du jury à Cannes en 2006. Le film s'impose comme une pièce maîtresse dans la carrière du réalisateur mais aussi dans le septième art, un cinéma moderne mais qui fait écho parfois à des grands noms du cinéma.

Fidèle en amitié, le réalisateur garde autour de lui des habitués. Ainsi on retrouve l'acteur Gael Garcia Bernal dans le rôle du neveu de la nourrice mexicaine. Acteur vedette du d' « Amores Perros », celui-ci n'a qu'un rôle secondaire dans BABEL mais marque ainsi une fidélité au réalisateur et clôture par sa présence la trilogie. Outre BABEL, on se souviendra de l'acteur pour son triple rôle dans le film de Pedro Almodovar « La mala educación » ou encore la même année dans « Diarios de motocicleta » de Walter Salles. Un acteur donc à la carrière résolument tournée à l'internationale. Adriana Barraza, dans le rôle d'Amélia la nourrice mexicaine, est aussi une fidèle du réalisateur. Côté technique c'est toujours le très talentueux Guillermo Arriaga à l'écriture du scénario.

L'écriture de ce troisième film est sans aucun doute la plus maîtrisée, il n'y a rien de trop et rien ne manque. Le réalisateur parachevant, par une mise en scène sans reproche, de donner la vie (une dernière fois ?) à ses croisées de chemins, ses bouts de vie brisées mais aussi à l'espoir. Rodrigo Pietro, directeur photo, pierre angulaire de la trilogie, apporte tout son savoir faire ( « Frida » (2002), « 8 Mile » (2002), « Alexander » (2004) ou encore « Brokeback Mountain » (2005)) et Gustavo Santaolalla vient parachever l'ambiance musicale. Alejandro González Iñárritu, Guillermo Arriaga, Rodrigo Pietro et Gustavo Santaolalla : voilà le quartet gagnant d'un cinéma à la fois esthétique, parfois brutal, dramatique mais surtout profondément humain.

Cette édition HD DVD présente BABEL dans un format panoramique 1.85:1 d'après un transfert 1080p, traité avec le codec de compression… AVC MPEG-4. C'est inhabituel comme forme d'encodage pour le format HD DVD (la plupart des studios optant pour l'encodage VC-1 en HD DVD). Ce transfert en 1080p est certes d'honnête facture mais, qu'on se le dise, il ne s'agit pas ici d'une galette HD DVD de démonstration… quoi que le tout soit assez fidèle à la photographie granuleuse du film présentée dans les salles. Il faut bien admettre que, règle générale quand il ne s'agit pas d'un problème d'encodage, un grain sur DVD en 480p devenant tamisé quelque peu sait se faire accepter du spectateur, ce dernier lui trouvant souvent un aspect sympathique et véridique; en HD, l'expérience peut donc paraitre biaisée sensiblement. Quelques artefacts et autres fourmillements dans les arrières plans se montrent très cruels et, paradoxalement, se retrouvent trop bien définis... Les couleurs sont dans l'ensemble assez bien rendues même si les noirs défaillent de temps en temps avec un contraste peu soutenu. Un sentiment mitigé donc, même si ce grain parfois important est assurément voulu par le réalisateur, notamment sur les scènes tournées au Maroc.

Côté son, ces deux pistes audio qui sont proposées sur ce HD DVD, la première étant la version originale anglaise Dolby Digital Plus 5.1. La répartition de celle-ci est plutôt bonne dans l'ensemble des canaux, mais le film ne se prêtant pas à une débauche d'effets, le format est bien sûr sous exploité. C'est la musique d'ambiance qui profitera réellement des capacités de ce format. Avec une connexion optique, ces encodages utiliseront un train de bits DTS plein débit sur un amplificateur possédant l'option DTS (1.5mbps). La version française (doublée en France), aussi Dolby Digital Plus 5.1, est de bonne qualité. En fait, elle est équivalente à son homologue anglaise, très peu de différences les séparent d'un point de vue technique. Des sous-titres anglais, français et espagnols sont disponibles.

Comme seul supplément, la bande-annonce du film encodée en haute définition (1080p)

Outre cette édition HD DVD, notez qu'une édition DVD existe sur le marché également sans suppléments. Cela dit, une nouvelle édition DVD, avec un deuxième disque contenant le documentaire COMMON GROUND - bringing audiences behind-the-scenes with Alejandro Gonzalez Inarritu, verra le jour le 25 septembre 2007.

Vidéo

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Flash Update
Au final, plus qu'un bon film, un excellent film. Il dispose de plusieurs niveaux de lecture mais dont le fil d'Ariane reste l'incompréhension et l'impossibilité de communiquer. Pour Alejandro González Iñárritu, ce titre s'imposait de lui-même. Malgré les tragédies, c'est sur une note d'espoir que se termine le film. À voir absolument !

Studio éditeur : Paramount
Date de sortie : 20 février 2007

Film : 5/5
Image : 3,5/5
Son VO : 3,5/5
Son VF : 3,5/5
Bonus : 0,5/5



Yann Algoët (critique film)
yann@uneporte.com

Jean Guèvremont (critique technique)
jean@uneporte.net

Mercredi 05 Septembre 2007

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