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Vendredi 3 Septembre 2010
19:34

ALEXANDER THE GREAT (1956), l'édition DVD zone 1

La figure quasi-mythique d'Alexandre le Macédonien, dit Alexandre le Grand, stimule depuis toujours l'imaginaire des créateurs et historiens. Né au IVe siècle avant notre ère en Macédoine, royaume voisin d'une Grèce divisée et en proie aux rivalités, le prince Alexandre est élevé comme un Grec à part entière par son père, le roi Philippe, et sa mère, la reine Olympias, initié tant aux sports, qu'aux arts et à la philosophie, de par son mentor Aristote. Fort de cette solide éducation, et convaincu de ses illustres origines (il descendrait du demi-dieu Achille, héros de la Guerre de Troie!), il entreprend, à la mort de son père, de réunifier les provinces limitrophes puis, avec sa fidèle armée, se lance dans d'audacieuses expéditions militaires qui le mèneront en Égypte (où il fondera la cité d'Alexandrie, qui porte son nom), en Perse (l'actuel Moyen-Orient), où il vaincra les forces de l'empereur Darius, poussant toujours plus loin ses victoires vers l'Est, s'improvisant, à 25 ans à peine, souverain de l'Asie mineure, maître de l'Orient et de l'Occident, et monarque incontesté du monde connu. Grand guerrier mystique, fin stratège, il n'aura cependant pas le loisir de pouvoir consolider son empire, victime, à 33 ans, de ce qui fut probablement un banal accès de malaria, laissant ainsi à ses généraux le soin d'éparpiller ses conquêtes durement gagnées...



ALEXANDER THE GREAT (ALEXANDRE LE GRAND) (1956), l'édition DVD zone 1
ALEXANDER THE GREAT (ALEXANDRE LE GRAND) (1956), l'édition DVD zone 1
À première vue, on pourrait se demander ce qui a pu inciter un cinéaste engagé et militant tel que Robert Rossen [ALL THE KING'S MEN (1949), THE HUSTLER (1961), LILITH (1964)] à s'attaquer à un sujet si grandiose, dans ce qui ressemble fortement à un projet personnel (Rossen portant ici le triple chapeau de scénariste, producteur et réalisateur). C'est sans doute cette idée de corruption du pouvoir, de «pouvoir absolu qui corrompt absolument», thème déjà présent dans ALL THE KING'S MEN, que Rossen a voulu une fois de plus aborder : son orgueilleux Alexandre, malgré sa sagesse, ne recule pourtant point devant les exécutions sommaires, renie ses amis et même abat, dans un accès de rage, son propre frère, dans ce qui collerait de près à la réalité historique... Le postulat de Rossen, intéressant, serait qu'Alexandre, à travers son action, ait voulu se libérer de l'emprise de ses parents dominateurs, pour se faire un nom par lui-même («Je ne suis le pion d'aucun homme ! », déclare-t-il farouchement).

Tout cela est abordé au travers d'un récit morcelé, figé, hésitant, le scénariste/réalisateur, pêchant par excès d'académisme, ne parvenant pas à établir un juste équilibre entre les complexes aspects politiques et la dimension franchement épique de son récit. Les nombreuses intrigues de cour et confrontations de rivaux, quoique servies par des dialogues intelligents et instructifs, donnent un film verbeux, au rythme statique et vacillant, surtout dans la première partie, où tant de notions des faits doivent être exposées. Hormis quelques scènes de bataille spectaculaires, le ton curieusement sobre et retenu d'ALEXANDER THE GREAT, que les critiques de l'époque n'ont pas manqué de lui reprocher, le distingue des autres péplums de cette décennie. Qui plus est, la vie amoureuse d'Alexandre, censure des années 1950 oblige, est ici presque entièrement évacuée (sa bisexualité est l'une des mieux documentées de l'Histoire), ce qui prive la trame narrative d'une touche de piquant.

Déterminé, habité par son personnage, Richard Burton apporte une dimension ombrageuse, taciturne et morose au rôle-titre, et apparaît ici - malgré son invraisemblable perruque blonde ! - plus convaincant que dans ses autres prestations «en toge» [THE ROBE (1953), CLEOPATRA (1963)]. Celui-ci est entouré d'excellents interprètes, que ce soit le vétéran Fredric March (truculent roi Philippe), Claire Bloom, ou l'actrice française Danielle Darrieux en rusée reine Olympias (créditée au début comme «The French Star», sans doute pour ajouter une touche d'exotisme à une distribution majoritairement anglo-saxonne !). À signaler également au générique, dans un rôle substantiel, la présence du noble comédien britannique Peter Cushing, de formation classique, juste avant qu'il ne devienne, avec son collègue Christopher Lee, porte-étendard des studios Hammer...

Cette édition DVD d'ALEXANDER THE GREAT présente le film dans son format original de projection en salles, soit le format panoramique 2.35:1, d'après un transfert anamorphosé (16:9). Le négatif utilisé est en excellente condition, avec en général une belle définition d'image, et des couleurs et contrastes bien régis, rendant justice au travail du légendaire chef-opérateur Robert Krasker [THE THIRD MAN (1949), EL CID (1961)], qui a su bien mettre en valeur les paysages espagnols où le film fut tourné. Du grain et quelques fourmillements dans les scènes sombres, de même que d'épars et douteux plans-inserts de source analogique, viennent cependant gâcher l'ensemble.

ALEXANDER THE GREAT est présenté dans sa version originale anglaise en format Dolby Digital 2.0 Surround. La stéréophonie, plutôt unidirectionnelle, offre toutefois quelques effets ambiophoniques, et le son assume une bonne présence, dont bénéficient les fanfares cuivrées et percussives, aux accents barbares, du compositeur italien Mario Nascimbene... sans oublier le phrasé suave de Burton, déjà une musique en soi ! Car malgré la présence de souffle, normal en égard à l'âge du film, et une désagréable réverbération métallique, les abondants dialogues, quant à eux, ressortent clairement. Le DVD contient également la version française au format Dolby Digital 1.0 Mono, plus sourde et étouffée, mais d'une grande qualité toutefois au plan dramatique, la crème des doubleurs de l'Hexagone du temps, rompus au théâtre, y ayant participé. Une version espagnole Dolby Digital 1.0 Mono, de même que des sous-titres en anglais, français et espagnol, sont aussi offerts en option. Détail agaçant : impossible de gérer les pistes sonores ou les sous-titres à la volée, obligeant le vidéophile à revenir au menu principal pour configurer le visionnement.

Comme c'est souvent la coutume avec les titres catalogue de la MGM, le seul et unique supplément inclus sur cette édition DVD est la bande-annonce originale (durée : 3 mns), au format original panoramique 2.55:1 (Cinemascope) anamorphosé (16:9), qui tente vainement de «vendre» ce long-métrage comme un péplum baroque et gigantesque à la THE TEN COMMANDMENTS de Cecil B. DeMille, produit la même année, ce qu'en définitive, il n'est certes pas...

Ce n'est évidemment pas une coïncidence si la MGM, à ce moment précis, décide de retirer ce film de ses voûtes, capitalisant sur la sortie imminente de la superproduction ALEXANDER, de l'iconoclaste Oliver Stone, qui lui-même, profite d'un regain d'intérêt pour les grosses «machines à costumes» de l'Antiquité, initié par le GLADIATOR (2000) de Ridley Scott. Il sera intriguant de vérifier sous quel angle un cinéaste audacieux et révisionniste de la trempe de Stone, un demi-siècle plus tard, saura aborder ce même destin tragique, à l'heure où l'Orient et l'Occident s'affrontent à nouveau comme des conquérants... En attendant, on peut tout de même remercier la MGM d'avoir remis en circulation le drame de Rossen qui, à défaut d'être un chef-d’œuvre, constitue néanmoins une tentative honnête et sincère d'évocation d'un personnage historique imposant, ambigu, à l'ambition napoléonienne et qui, tel Icare, s'est peut-être un peu trop approché du Soleil...

Studio éditeur : MGM
Date de sortie : 19 octobre 2004

Film : 3/5
Image : 3/5
Son VO : 2,5/5
Son VF : 2/5
Bonus : 1/5



Stéphane Michaud
steffm@dvdquebec.com

Jeudi 11 Novembre 2004


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