UnePorte.Net

Le cinéma à la maison et la musique où vous voulez !

Vendredi 09 Mai 2008
15:31

Envoyer à un amiEnvoyer à un ami    Version imprimableVersion imprimable

A BULLET FOR JOEY (UN PRUNEAU POUR JOE) (1955), le DVD zone 1

Pour ce dernier titre de la première vague de sa collection dédiée au Film Noir, MGM ressort des oubliettes ce titre obscur des années 1950 mettant en vedette deux vedettes d'antan et qui serait vite oublié si l'intrigue n'offrait la particularité de se dérouler dans notre métropole bien à nous.



A BULLET FOR JOEY (UN PRUNEAU POUR JOE) (1955), le DVD zone 1
À Montréal, l'inspecteur Raoul Leduc (Edward G. Robinson) est chargé d'enquêter sur l'assassinat d'un officier de la Police Montée dans l'exercice de ses fonctions. Il semblerait que ce méfait serait relié à un complot visant le docteur Carl Macklin (George Dolenz), un physicien dont les travaux intéresse grandement quelques pays du Bloc de l'Est. Justement, Macklin s'avère être la cible de Eric Hartmann (Peter Van Eyck), le chef est-allemand d'une unité d'espionnage. Hartmann a pour mission de kidnapper le scientifique pour l'amener derrière le Rideau de Fer. Pour ce faire, il recrute Joe Victor (George Raft), un ex-caïd de la pègre de Chicago en exil au Portugal, afin de mettre son plan à exécution. L'ex-gangster voit en ce nouveau contrat l'opportunité de retourner aux États-Unis. Victor recrute son ancien gang pour peaufiner le tout, ainsi que Joyce Geary (Audrey Totter), une ex-flamme, afin d'approcher et de séduire le Dr. Macklin. Tout se déroule comme prévu jusqu'à ce que l'enquête de l'inspecteur Leduc vienne contrecarrer les plans.

A BULLET FOR JOEY apparaît comme un titre mineur de cette cuvée de Films Noirs du studio MGM. Nous avons affaire ici à une petite série B mettant en vedette deux stars des années 1930 et 1940 qui ont manifestement vus des jours meilleurs. Pourtant, sur papier, cette modeste production laissait entrevoir de belles promesses, avec la présence au générique des scénaristes Daniel Mainwaring (OUT OF THE PAST, INVASION OF THE BODY SNATCHERS) et A.I. Bezzerides (KISS ME DEADLY). Le script du tandem Mainwaring-Bezzerides propose malheureusement un terne et parfois maladroit cocktail mélangeant film de gangsters et intrigue d'espionnage à la sauce paranoïaque de l'ère maccarthyste, et c'est sans compter avec la mise en scène lourde et mollassonne de Lewis Allen, un réalisateur ayant surtout œuvré pour le petit écran dans nombre de téléséries (THE RIFLEMAN, GUNSMOKE). Allen avait pourtant commis un explosif et surprenant petit thriller politique l'année précédente avec SUDDENLY (1954), mettant en vedette Frank Sinatra et Sterling Hayden, et qui semblait constituer en quelque sorte un tournant dans sa carrière. Malheureusement, Allen est vite retombé dans l'anonymat avec ce BULLET FOR JOEY à l'intrigue soporifique et à la mise en scène sans réelle saveur qui se distingue par un manque consternant de rythme et un nombre ahurissant de longueurs malgré sa brève durée (87 minutes).

On observera toutefois avec amusement le traitement qu'on fait Allen et ses scénaristes de la « saveur locale » de ce récit. Rarement le Québec aura été illustré dans une production hollywoodienne à cette époque, l'exemple le plus connu étant le I CONFESS (1952) d'Alfred Hitchcock, et, alors que le thriller hitchcockien situait d'assez bonne façon le contexte de l'époque de la Grande Noirceur duplessiste, force est de constater que A BULLET FOR JOEY se contente de ressortir quelques-uns des stéréotypes canadiens bien en vogue à l'époque chez nos voisins du Sud. On ne peut que sourire devant la présence soutenue de cette Police Montée qui était en quelque sorte l'un des porte-étendards de la vision romanesque de la culture canadienne dans la première moitié du vingtième siècle. Qui plus est, les québécois francophones (ou canadiens-français, selon le terme employé ici) sont personnifiés de façon fort caricaturale et apparaissent avoir ici très peu de différences avec les cousins de l'Hexagone.

A BULLET FOR JOEY regroupe dans sa distribution deux icônes des films de gangsters de la Warner des années 1930. En tête d'affiche nous retrouvons Edward G. Robinson (LITTLE CAESAR) dont l'éclat s'est quelque peu terni pendant cette décennie où il se retrouva confiné dans le petit monde de la série B. Malgré sa gloire révolue, Robinson offre tout de même une solide performance en portant littéralement ce film sur ses épaules dans cet autre rôle d'inspecteur perspicace, rappelant parfois l'enquêteur d'assurances du DOUBLE INDEMNITY (1944) de Billy Wilder. On ne peut en dire autant de George Raft (SCARFACE), avec une paresseuse prestation renforcée par l'allure fatiguée de sa physionomie, où ce dernier ne fait que se contenter de nous refaire sa routine d'une autre époque. Raft apparaît définitivement ici au bout de la route, et sa carrière prendra fin d'ailleurs quelques années plus tard, faute de s'être convenablement recyclé. On retrouvera cependant avec plaisir la voluptueuse Audrey Totter (LADY IN THE LAKE, THE SET-UP) véritable égérie des Films Noirs de la RKO, qui rehausse ici quelque peu l'ensemble conventionnel de l'intrigue. De plus, on regrettera la présence trop brève de Peter Van Eyck (LE SALAIRE DE LA PEUR) en criminel est-allemand, un personnage rappelant les nombreux rôles d'officiers SS ayant parsemé la carrière de ce troisième couteau autrichien, et ici il n'y a point d'exception, Eyck étant particulièrement à l'aise dans le rôle de ce mégalomane aussi suave que menaçant.

A BULLET FOR JOEY est présenté en format noir et blanc 1.37:1 plein écran, conformément à son format original de présentation. Le transfert offert ici est acceptable à défaut d'impressionner. Le rendu des contrastes est parfois fade et les noirs manquent de profondeur tandis que des fourmillements et une poussière dans l'image sont parfois perceptibles. Toutefois, l'ensemble se laisse regarder, en autant qu'il n'est pas diminué par le manque d'intérêt.

Cette édition offre la version originale anglaise avec une piste en format Dolby Digital 1.0 Mono qui s'avère solide et qui reproduit l'environnement sonore avec une certaine vigueur sur le canal central, et dont le seul petit grain dans l'engrenage semble être un léger bruit de fond constant tout au long du déroulement. La version française (doublage produit en France) en format Dolby Digital 1.0 Mono est aussi disponible au grand plaisir de nos amateurs francophones, et malgré une qualité nettement inférieure avec la piste de la version originale, du fait de la présence de quelques coupures et bruits statiques, celle-ci offre toutefois des dialogues toujours bien audibles. Pour le reste, cette édition offre aussi une piste espagnole aussi de format Dolby Digital 1.0 Mono ainsi que des sous-titres anglais et espagnols en option. Malheureusement, il n'y a pas de sous-titres français disponibles.

Encore une fois et suivant la tendance des éditions précédentes de la collection, cette édition n'offre aucun supplément pour accompagner le film présenté. Dans ce cas-ci, on peut dire toutefois que A BULLET FOR JOEY n'a pas de quoi provoquer de longues discussions.

-------------------------------------------------

Rien de nouveau sous le soleil avec A BULLET FOR JOEY qui ne laissera point de souvenirs intarissables dans le cœur des cinéphiles, si ce n'est la curiosité de voir se confronter deux figures légendaires de la Warner de la grande époque. Pour le reste, ce petit thriller lourdaud est loin d'être indispensable pour une collection de Films Noirs.

Studio éditeur : MGM
Date de sortie : 10 juillet 2007

Film : 2/5
Image : 2,5/5
Son VO : 2,5/5
Son VF : 2/5
Bonus : 0/5



Marc Lespérance
marcl@uneporte.com

Lundi 19 Novembre 2007

HD DVD Critiques | Blu-ray Critiques | DVD Critiques | Informations | Tirages | | DVD 2003-2006 (Coups de coeur) |